
Si la réforme est principalement connue pour avoir instauré un droit à la mensualisation du loyer et encadré le dépôt de garantie, elle modifie également un mécanisme particulièrement sensible : la suspension de la clause résolutoire en cas d'impayés.
L'objectif affiché du législateur est clair : limiter les demandes de délais de paiement présentées par des locataires ne présentant pas de garanties suffisantes de règlement.
Pour les commerçants comme pour les bailleurs, cette évolution est majeure.
La clause résolutoire est une clause fréquemment insérée dans les baux commerciaux.
Elle permet au bailleur d'obtenir la résiliation du bail lorsque le locataire manque à certaines obligations contractuelles, notamment :
En pratique, la clause résolutoire est principalement utilisée en cas d'impayés locatifs.
Lorsqu'un locataire ne règle pas les sommes dues, le bailleur peut lui faire délivrer un commandement de payer visant la clause résolutoire.
À défaut de régularisation dans le délai légal, le bailleur peut ensuite saisir le juge afin de faire constater l'acquisition de la clause et obtenir l'expulsion du locataire.
Avant la réforme, le locataire pouvait solliciter des délais de paiement devant le juge.
Lorsque certaines conditions étaient réunies, le magistrat pouvait :
Le juge devait alors apprécier la situation au regard de plusieurs éléments, notamment :
Cette appréciation demeurait relativement large.
La loi du 26 mai 2026 introduit désormais des critères plus stricts lorsque la clause résolutoire est mise en œuvre pour non-paiement des loyers.
Le juge ne pourra plus accorder des délais de paiement au locataire que si deux conditions cumulatives sont réunies.
Le locataire devra désormais justifier de sa capacité réelle à apurer sa dette.
Cette exigence marque une évolution importante.
Il ne suffira plus d'invoquer des difficultés financières temporaires ou d'exprimer une simple volonté de régulariser la situation.
Le locataire devra convaincre le juge qu'il dispose effectivement des moyens lui permettant de respecter l'échéancier sollicité.
Cette démonstration pourra notamment passer par la production :
L'objectif est d'éviter l'octroi de délais purement théoriques à des entreprises structurellement incapables de régler leur dette.
La réforme instaure une seconde exigence particulièrement importante.
Le locataire devra avoir repris le paiement intégral des loyers courants avant la date de la première audience.
Cette condition constitue probablement le principal changement pratique introduit par le texte.
Autrement dit, une entreprise continuant à accumuler les impayés après la délivrance du commandement de payer aura beaucoup plus de difficultés à obtenir la clémence du juge.
Le législateur entend ainsi distinguer :
Celles-ci continuent à régler les loyers venant à échéance tout en sollicitant un étalement de leur dette passée.
Celles-ci cessent de régler l'ensemble des loyers et présentent un risque accru pour le bailleur.
La réforme vise clairement à réserver les délais judiciaires à la première catégorie.
Du point de vue des propriétaires et investisseurs, cette réforme renforce l'efficacité des procédures de recouvrement.
Dans de nombreux contentieux, les bailleurs étaient confrontés à des demandes de délais présentées par des locataires dont les perspectives de règlement apparaissaient particulièrement incertaines.
Les nouvelles conditions devraient permettre :
Pour les investisseurs détenant un patrimoine commercial, cette évolution constitue un élément favorable de sécurisation des revenus locatifs.
Pour les exploitants confrontés à des tensions de trésorerie, la réforme impose en revanche une réactivité beaucoup plus importante.
Dès la réception d'un commandement de payer visant la clause résolutoire, il devient essentiel :
L'inaction peut désormais avoir des conséquences particulièrement lourdes.
Cette évolution s'inscrit dans une logique plus globale.
La réforme cherche à alléger certaines contraintes pesant sur les entreprises viables :
En contrepartie, elle renforce les exigences applicables aux situations d'impayés persistants.
Le message du législateur apparaît relativement clair :
Les nouvelles conditions s'appliquent aux demandes de suspension des effets de la clause résolutoire introduites à compter du 28 mai 2026.
Les procédures engagées avant cette date demeurent soumises au régime antérieur.
Depuis la réforme de 2026, l'obtention de délais de paiement en présence d'une clause résolutoire devient plus exigeante.
Le locataire doit désormais démontrer :
Cette évolution renforce la position des bailleurs tout en incitant les entreprises en difficulté à réagir rapidement dès les premiers incidents de paiement.
Pour les commerçants comme pour les propriétaires, l'anticipation demeure essentielle afin d'éviter qu'une situation de tension locative ne dégénère en contentieux de résiliation du bail.
Le cabinet REEF AVOCAT intervient auprès des commerçants, artisans, sociétés, investisseurs et bailleurs dans l'ensemble des problématiques liées aux baux commerciaux :
Le traitement rapide des difficultés locatives permet souvent d'éviter des contentieux longs et coûteux et de préserver les intérêts économiques des parties.